Imaginez un dimanche matin. Le soleil peine à dissiper la rosée, le ciel hésite entre l’indigo et la promesse de l’azur, le vent fait danser les ombres des hêtres centenaires. Sur la départementale bordée de pommiers, deux cyclistes s’élancent : l’un sur son vieux compagnon de route, tout acier et souvenirs de jeunesse, l’autre sur un vélo silencieux, d’où s’échappe un discret souffle mécanique. Les deux rient, mais leurs escapades n’ont jamais tout à fait la même saveur. L’éternelle question revient : pour découvrir les merveilles autour de Berengeville-la-Campagne, faut-il miser sur la simplicité indémodable du vélo classique, ou céder à la modernité de l’assistance électrique ?
En France, selon l’Observatoire du Cycle (Union Sport & Cycle, 2023), 738 454 vélos électriques ont été vendus en 2022, contre 1,5 million de vélos classiques. La progression du VAE est spectaculaire (+12% en 2022), ce qui ne signifie pas que le vélo classique soit dépassé – bien au contraire !
La campagne de Berengeville n’est pas plate comme une crêpe. Les routes serpentent entre les vallons, les chemins s’enfoncent dans les sous-bois, des côtes insoupçonnées jalonnent les balades. Un vélo classique saura mettre à l’épreuve même les plus affûtés des mollets. Pour beaucoup, c’est l’occasion de suer, de sentir ses muscles à l'œuvre, de savourer le plaisir d’un effort franc et entier – avis aux sportifs, donc !
Avec un vélo électrique, la montée vers la Lisière aux Oiseaux ou le raidillon du Chemin des Tisserands devient un simple jeu d’enfant, même après un pique-nique un peu trop gourmand. On garde le souffle pour papoter, on prolonge la balade sans appréhension. Pour les familles, les seniors ou les débutants, il change tout : plus besoin de redouter les distances.
| Vélo classique | Vélo électrique | |
|---|---|---|
| Effort physique | Intense, adapté aux sportifs ou aux amoureux des défis | Modéré, adaptatif : chacun dose l’effort grâce à l’assistance |
| Distance moyenne réalisable sans fatigue | 10 à 20 km (pour un cycliste occasionnel) | 25 à 60 km voire plus selon la capacité de la batterie |
| Pente et relief | Peut vite devenir éprouvant en terrain vallonné | Les montées se grignotent sans crainte |
| Poids moyen du vélo | 10 à 14 kg | 20 à 28 kg |
| Coût d’achat | 150 à 800 € pour un bon modèle loisir | 1 000 à 3 500 € selon la technologie |
| Entretien | Simple, pièces standards économiques | Batterie, électronique : suivi spécifique, coût plus élevé |
| Autonomie | Limitée par ses jambes ! | 70 à 120 km pour les modèles récents |
À Berengeville, les papotages à la sortie de la boulangerie ou sur le banc de la place centrale sont riches d’enseignements. Louise, 67 ans, ex-instit’ de la commune, a renoué avec le vélo grâce au VAE : « Avant, la côte du Lavoir, c’était juste en voiture ou à pied. Maintenant, je traverse la vallée en sifflotant – et je me sens pousser des ailes ! ».
Pour Jules, 34 ans, jeune papa sportif, le vélo classique a toujours la cote : « J’aime l’idée de m’offrir une pause, un vrai sas après le boulot. La fatigue, c’est du bon, c’est ce qui me fait sentir vivant ». Mais il reconnaît que « pour partir en balade avec les enfants, c’est l’électrique qui l’emporte ».
La cohabitation des deux types de vélos dans les balades du dimanche est évidente. Personne n’y voit de rivalité, chacun y trouve son histoire.
Un matin d’avril, la brume peine à se lever. On croise Jeanne, les joues rondes, riant à gorge déployée sur son vélo électrique flambant neuf, alors que son ami Max, fidèle à son vieux Peugeot orange, pédale en rythme derrière elle. Arrivés à l’étang du Moulin – quinze kilomètres par la petite route – ils partagent un thermos de café et une part de tarte aux pommes. L’une ne se lasse pas de l’élan facile de son vélo moderne, l’autre aime « la vraie aventure, où même l’effort fait partie du décor ».
Cette pluralité de plaisirs fait la richesse de la campagne : certains veulent avaler des kilomètres sans cligner, d’autres préfèrent savourer chaque bosse, chaque descente. À Berengeville, tout le monde se retrouve pour la photo devant la mairie, sourire aux lèvres, quelle que soit la monture.
L’INSEE note que la pratique du vélo explose, dopée par le VAE, surtout en milieu rural. Selon l’ADEME (2021), 87% des utilisateurs de VAE déclarent faire davantage de vélo depuis leur achat, et la moitié d’entre eux optent désormais pour le vélo plutôt que la voiture pour de petites distances. Pour la santé, l’effort fourni avec un VAE reste à 60-70% de l’effort classique : c’est moins intense, certes, mais l’utilisation étant plus régulière, l’effet final sur la forme cardiovasculaire est lui aussi bénéfique (ADEME).
La Fédération française de cyclotourisme rappelle que le VAE ne concurrence pas l’esprit vélo, il l’élargit : « Chacun va à son rythme, le plaisir reste intact, l’accessibilité est décuplée ».
À Berengeville-la-Campagne, le vélo est d’abord un prétexte à la liberté, une invitation à respirer un autre air, à goûter la lumière sur les blés, à s’arrêter cueillir une mûre aux abords d’un chemin. Qu’importe la monture, tant que le paysage défile et que le sourire s’attarde au coin des lèvres. Que vous soyez inconditionnel du vélo classique ou adepte de l’assistance électrique, c’est la curiosité et le bonheur de la découverte qui priment ici, chaque détour étant une échappée belle, chaque retour un souvenir à raconter.
Bonnes escapades à tous, et surtout, n’oubliez jamais de regarder autour de vous – c’est là que la magie commence.
Vivre, découvrir et savourer la campagne normande